Kingmaker – CR #2

Voici le deuxième compte-rendu de campagne. Pour plus de détails sur celle-ci et pour commencer votre lecture depuis le début, je vous conseille de lire cet article.

« Après quelques heures de sommeil agité, aux premières lueurs de l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Svetlana vint tirer les quatre voyageurs de leur douce torpeur. Après des ablutions succinctes, faites dans l’obscurité en puisant de l’eau froide dans un baquet de bois vermoulu, nos héros s’attablèrent devant un petit-déjeuner copieux et fumant. Sans graisse d’ours.

– Vous avez bien retenu notre plan ? interrogea Vitali en posant ses yeux vairons sur ses compagnons. Nous ne savons pas combien ils seront, donc soyez prêt à vous adapter aux circonstances. Cela n’est pas obligé de finir en bain de sang, mais si cela doit arriver, autant que ce soit le leur et pas le nôtre.

Les autres opinèrent du chef, ressentant plus de tension qu’ils n’en laissaient paraître, sans doute par orgueil. Pour Morgûne, c’était la première bataille, et son cerveau faisait inconsciemment défiler les gestes précis qui pouvaient déchaîner le feu et la mort sur ses ennemis. Selivoth, en bon vétéran qui avait participé à de nombreuses batailles, restait calme et posé : il savait que tout plan se brisait inéluctablement une fois soumis au fracas des armes.

Balthazar, égal à lui-même, priait en silence son Dieu pour qu’il lui permette de plonger les mécréants dans sa divine lumière. La douleur permanente des blessures provoquées par le cilice qu’il portait en permanence sous sa lourde armure lui rappelait sans cesse sa faillibilité d’homme ; peut-être allait-il aujourd’hui se rapprocher un peu plus des Plaines de la Félicité auxquelles il aspirait.

Vitali observait son frère par dessus la vapeur de son bol de soupe au choux. La vue de ses yeux fermés et de ses lèvres qui murmuraient des prières silencieuses au Prophète lui arracha un soupir : la tâche s’annonçait encore longue avant qu’il ne puisse de nouveau reconnaître son frère dans cet homme rigide et endoctriné par ces foutaises religieuses.

– Nous devrions peut-être aller nous mettre en place, suggéra Morgûne en voyant apparaître timidement les rayons du soleil au-dessus de la palissade du fort. L’aube est passée depuis un moment et ils pourraient arriver d’un moment à l’autre.

Tous acquiescèrent, vidant d’une lampée leurs bols et avalant d’une bouchée leurs croûtons de pain rassis avant de se lever d’un seul mouvement. Une poignée de minutes plus tard, chacun était à la place que le plan défini la veille au soir leur avait assignée.

Les brigands virent à quatre, montés sur des chevaux placides et robustes qui ne semblaient faire aucun cas des activités illégales de leurs maîtres. L’affaire fut rondement menée. Un carreau de Selivoth se ficha en vibrant dans un malandrin avant même qu’un seul de ses pieds ne se soit posé au sol. Morgûne usa de sa magie pour ouvrir une faille dans le sol, avalant derechef trois rustres. Seul restait leur chef, solitaire face à Balthazar et Vitali, qui n’en firent qu’une bouchée. La vie de l’homme s’acheva dans une virgule de sang répandue sur le sol de terre battue.

Après avoir révélé la position approximative de leur camp, sis dans la forêt au sud-ouest du comptoir, les survivants furent laissés libre de partir vers le Brévoy. En effet, Balthazar, croyant aux bienfaits de la rédemption, décida, avec l’accord de ses camarades, de laisser les pécheurs tenter de rejoindre la civilisation, blessés et nus comme des vers, sans aucun matériel.

– S’ils arrivent à rejoindre une ville dans cet état, c’est que le Prophète a un rôle pour eux, marmonna-t-il sombrement. Même si mon épée vibre de plaisir à l’idée de leur décoller le cou, qui sommes-nous pour décider de leur sort ?

Les autres se jetèrent des regards à la dérobée, presque gênés face à autant d’aveugle piété. Pour eux, ce semblant de magnanimité avait un relent de peine capitale. Fortuitement, Oleg jaillit de son habitation à cet instant précis, levant les bras au ciel en voyant le trou béant qui coupait en deux le sol de son fort.

– Vous n’y êtes pas allé avec le dos de la cuillère, vous ! s’exclama-t-il en se prenant la tête entre les mains. Enfin, j’imagine que je vous suis redevable… au moins ceux-là ne nous chercheront plus de noises. Euh… par contre… ça ne vous dérangerait pas de m’aider à reboucher ça ? Je vais avoir du mal à faire passer ma charrette si ça reste comme ça…

N’écoutant que leur courage, les quatre compères retroussèrent leurs manches avant d’attraper les pelles prêtées pour l’occasion par le colosse.

– Quand même, Morgûne, la prochaine fois, essaye de te modérer un peu, glissa discrètement Vitali à l’oreille de la demi-elfe. Même si c’est clair qu’en termes d’efficacité, il se pose là, ton sort.

– J’y penserai, lâcha laconiquement la jeune femme sans paraître très convaincue.

Alors qu’au-dessus des travailleurs transpirants le soleil atteignait son zénith, accroché dans un ciel bleu azur dénué du moindre moutonnement, Svetlana apparu sur le pas de la porte pour annoncer que le repas du midi était servi. Par chance, le trou était presque totalement rebouché : ils n’avaient pas chômé.

Une heure plus tard, leurs ventres bien pleins et leurs sacs dûment chargés, les quatre explorateurs prirent résolument la direction du sud-ouest en direction de la grande forêt qu’ils discernaient à peine à l’horizon. Leur objectif : trouver le camp des bandits pour mettre fin à leurs exactions une bonne fois pour toute.

Qu’allaient-il faire une fois celui-ci trouvé ? Ils l’ignoraient. Leur seule certitude, c’était qu’un bon repas et un lit propre les attendraient toujours au comptoir d’Oleg et de Svetlana, pour le meilleur comme pour le pire. Cette pensée leur mettait du baume au cœur alors qu’ils marchaient de conserve vers un avenir incertain. »

– Chroniqueur Maéllas, an de grâce 465 Post-Prophète

Le prochain article contiendra la suite du compte-rendu de la première session de jeu où l’on réglera (temporairement) le problème des bandits.

2 réflexions au sujet de « Kingmaker – CR #2 »

  1. Sympa le côté récit, c’est bien travaillé, ça marque toujours plus. Par contre ça doit te faire pas mal de travail.

    La magie à l’air plutôt puissante! Ou alors tu l’as joué vachement narrative ment?

    1. Merci ! Oui ça fait pas mal de travail, il faut d’ailleurs que je reprenne pour finir la première partie avant de commencer la deuxième…

      la magie est puissante effectivement, mais compliquée à maîtriser. Le sort d’Effondrement est plutôt sympa :).

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