Scénario 03 – La curiosité est un vilain défaut… (1/3)

Service de police spatiale de Destiny
N°273/2206

Le 20 Mars 2206
Rapport non-officiel d’intervention

A destination de la nouvelle équipe d’intervention de la 4ème section

Objectif : retrouver Pam

Réf : appel d’urgence signalé dans le quartier central le 15/03/2206 à 8h30
PJ : fiche de renseignements de l’équipe d’intervention observées et images des caméras de sécurité de la résidence

Les gars, ce coup-ci, je pense qu’il vaut mieux mettre ceci par écrit et le crypter ensuite pour garder une trace de ce qui se trame. J’écrirai un rapport officiel pour le capitaine Murphy, mais pour le moment, je tiens à ce que tous les évènements soient relatés dans celui-ci. Le chef est avec nous mais je tiens tout de même à le couvrir. J’en écrirai un officiel et plus succinct dès que possible.

Si je résume bien les faits : tous les quatre (Campbell, Montgomery, Finn et moi-même) étions tranquillement en train de boire notre café du jour (agrémenté de donuts) avant de commencer le service. BH, tu avais fais une demande de renseignement à ton amie Pam, qui pouvait peut-être bidouiller nos caméras internes.  Malheureusement, elle se semblait pas disponible, ce qui était plus qu’inquiétant. Elle avait laissé un message enregistré assez étrange : si nous tombions sur ce message, c’était qu’elle avait d’ores et déjà de gros ennuis. Elle conseillait de nous rendre chez un certain Erik Murdoc, un petit receleur qui tenait une petite boutique d’informatique dans la ruche C. Il nous aiderait pour la demande spéciale de Black Hand et serait probablement la dernière personne à avoir eu un contact avec elle. Et il pourrait peut-être même nous aider avec les données récupérées sur le cube de data de Léo : il nous fallait suivre cette piste.

J’ai donc baragouiné une excuse à un Murphy rougissant de rage pour qu’il nous autorise à sortir malgré le monceau de paperasse qu’il nous avait ordonné de terminer plus tôt : nous allions voir un spécialiste qui pouvait nous renseigner sur le système de brouillage très étrange que nous n’avions toujours pas pu identifier. Comme le teint de notre cher capitaine passait de l’écarlate au rougeâtre, nous nous sommes mis en route.

On est donc arrivé devant la boutique crade du fameux Eric Murdoc. Dans un quartier sale et sordide de la ruche C. Les vapeurs de kebabs graisseux d’à coté allaient à merveille avec le décorum. La boutique faisait finalement office de hotte, vu la couche de gras collant à la vitrine qui rendait l’intérieur quasiment invisible. Une fois entrés, nous nous sommes rendus compte que Murdoc était aussi bien mis que sa boutique était misérable. Un homme fort bien attifé, dans un garage pour hacker des bas-fonds en somme.

En prenant contact, il nous avertit d’emblée qu’il n’avait pas eu de nouvelles de Pam depuis trois jours. Juste après BH. Mais il était au courant de notre combine avec la compagne d’arme de BH et avait pour consigne de nous installer un «switch» qui nous permettrait de couper nos caméras en temps voulu. C’était une épée à double tranchant : nous pouvions stopper nos caméras oculaires sans un geste, mais les coupures engendrées ne pouvaient être comblées. Opération risquée. Nous sommes donc tous passés sur le billard, BH en premier, puis moi, Finn, et enfin le réticent Montgomery (ton sens de la procédure te perdra un jour, mon ami). Les quatre interventions nous ont pris le reste de la matinée.

Une fois cela fait, nous lui avons tout de même demandé d’identifier le système de brouillage. Sa réponse était claire : impossible de faire fabriquer un tel engin sur la station. Il devait forcément avoir été construit par une corporation extérieure et introduit sur Destiny par la suite, et sans se faire détecter par les douanes avec ça. Plus qu’étrange. Ça nous faisait déjà une info de plus pour le QG.

BH semblait vouloir une mise à jour de notre nouveau switch pour permettre de combler les trous que causaient l’utilisation de notre tout nouveau dispositif. Murdoc accepta de plancher sur le sujet, en échange de toute information concernant Pam et d’une somme rondelette. Nous nous sommes ensuite dirigés vers l’appartement de la disparue.

Elle vivait au centre de la ruche C, dans une de ces résidences ultra sécurisée conçue pour les citoyens les plus aisés. Et les plus désireux de préserver leur intimité. A l’entrée, nous avons eu le plaisir de faire la connaissance de l’agent de sécurité en poste, le fameux Mr Tardi. Un beau rocher de cynisme et de protocole, auxquelles les bernacles en mal d’informations que nous étions avaient du mal à s’accrocher. Nous avons tout de même pu lui soutirer quelques bribes de vérité. Pam Brookson semblait être une résidente très discrète. On la voyait déjà très peu, mais depuis trois jours, plus aucun signe de vie.

Nous avons donc demandé à Mr Tardi de nous renseigner plus amplement en nous fournissant les images des caméras de sécurité. Ce qu’il nous a refusé car nous n’avions pas de numéro de dossier à associer aux formulaires qu’il nous tendait. Après plusieurs tentatives de «persuasion» de ma part, impossible d’en obtenir plus de ce stoïque spacio peigne-cul, qui ne démordait pas d’essayer de nous faire louer ou acheter une des maisons de la résidence. Que sa commission aille au diable. Nous avons tout de même pu aller jeter un œil chez Pam. Tardi nous avait autorisé l’accès (plus facilement qu’aux caméras ?).

L’endroit était hélas vide. Après un rapide tour de l’étage inférieur de l’appartement, nous avons pu déterminer que Pam était partie dans la précipitation : un plat de lasagne datant d’un ou deux jours (selon l’expertise poussée de notre ami Montgomery), un seul couvert à table, des affaires personnelles laissées de côté… elle s’était soit fait kidnapper, soit avait dû fuir un danger inconnu. Aucune trace d’effraction ne nous permettait de corroborer cette dernière hypothèse.

BH et Finn se mirent en quête de trouver des indices à l’étage tandis que Montgomery et moi allions démarrer l’enquête de voisinage.

Après avoir essayé plusieurs portes sans succès, nous sommes finalement tombé sur un drôle de vieillard en peignoir. Il nous déclara qu’il n’avait quasiment jamais vu sa voisine, aussi tranquille que lui semblait lubrique. En revanche, la veille, l’exercice de sécurité incendie (qui a lieu tous les mois à la même heure) semblait avoir été déclenché plus tôt : à 12h plutôt que 16h. A part ça, il n’avait rien remarqué d’anormal ces derniers temps.

Au vu de nos maigres résultats, nous sommes retournés à l’appartement de Pam. BH et Finn n’avaient pas beaucoup avancé. Le système informatique était, selon BH, très bien protégé et possédait sûrement un programme d’effaçage total à la moindre erreur de frappe du mot de passe. Je tentai d’allumer le téléviseur pour voir si un message n’allait pas se déclencher, mais rien. La fenêtre du balcon ne semblait pas être fracturée et ne révélait aucune trace de fuite. Quelques cubes de données traînaient sur le bureau ; je décidai d’en emporter un avec moi, juste au cas où.

En sortant de l’appartement, nous avons vérifié les logs d’entrées/sorties du 18 mars de la porte de service du rez-de-chaussée. Entre 11h et 17h, il n’y avait que trois entrées : une entrée à midi, une sortie à 12h30 et une sortie à 14h.

BH, dans un accès de rage, nous laissa là et partit rejoindre Tardi, quitte à lui extorquer les images des caméras de force. Il désactiva alors sa cam. Au vu de sa véhémence – et des ses menaces non dissimulées – le garde lui fournit finalement les bandes. Sans effusions de sang. Ça change.

Enfin en possession d’une preuve tangible, nous prîmes le chemin du retour pour le commissariat. Le chef nous avait donné jusqu’à midi, et il était déjà 13h30. Raisonnables comme nous sommes, nous avons pris la décision de ne pas faire éclater une veine de plus à notre cher capitaine. Nous avons néanmoins mis le temps du trajet de retour à profit : les bandes nous en apprirent beaucoup.

A 11h55, on pouvait voir sur les enregistrements qu’une équipe de secours prenait position dans la résidence. Ils étaient dix au total, et semblaient tous étrangement musclés. Ils portaient également beaucoup de matériel sur le dos, mais pas forcément de quoi laisser penser à des accessoires de sauveteurs. Et, certes, les secouristes peuvent avoir une belle carrure, néanmoins le physique de ceux là sortait clairement de l’ordinaire.

A 12h, l’alarme se déclenche et les résidents, coutumiers du fait, commencent à sortir de leurs habitations et à être pris en charge par les secours. A l’instant même ou la porte de Pam s’ouvre, trois membres du personnel particulièrement chargés en matériel, pénètrent directement dans l’appartement et referment la porte aussi sec.

L’exercice se poursuit jusqu’à 12h30. Les autres membres des secours entamaient le débriefing avec l’équipe de sécurité quand les trois individus ressortirent de la demeure de Mlle Brookson, leur matériel toujours sur le dos. Il empruntèrent la porte de service.

A 14h, le débrief se termina et l’équipe de secouristes quitta enfin les lieux.

Il y avait quelque chose d’extrêmement louche avec ces employés de la station. Leur sacs à dos ne semblaient-ils pas plus chargés après leur départ qu’avant leur arrivée ?

Après avoir débattu de tout ça en chemin, nous sommes finalement arrivé au commissariat. Notre bon Murphy nous prévint immédiatement que les pièces à conviction de l’affaire de la veuve éplorée avaient toutes disparues, le dispositif de brouillage y comprit. Le chef nous interdit de rouvrir le dossier, ou d’ouvrir toute autre sorte d’enquête en lien avec Léo Bruiser. Il avait été officiellement déclaré suicidé, et nous étions censés tenir ce discours. Nous écopions même de deux jours de suspension pour bien retenir le message. Le brouilleur avait pourtant été déclaré comme dérobé «par effraction» ainsi que le cube de données original. Quoi de plus étrange ? Des puissances qui nous dépassaient semblaient vouloir rassembler toutes les preuves pouvant leur nuire. Et nous faire taire avec ça.

Murphy nous mit alors dans la confidence : il était avec nous. Tout ça l’inquiétait au plus haut point et malgré sa dévotion sans faille au corps de police, il nous ordonna tacitement de continuer l’enquête pendant notre suspension. Dans un accès d’incompréhension, je demandai au capitaine s’il ne connaissait pas une certaine Sophie Girafe ? Ce nom soufflé plus tôt me semblait être la meilleure piste à suivre pour remonter jusqu’aux commanditaires soupçonnés de la mort de Léo et de la disparition de Pam. Ainsi que de notre embuscade dans le quartier industriel. Après consultation des fichiers, je découvris qu’elle habitait dans la ruche B.

Les autres se renseignèrent sur l’identité des secouristes présents sur les lieux de la disparition de Pam et découvrirent que trois d’entre eux étaient en fait des salariés de Legion Mars International. Ils purent récupérer les identités et les adresses de toute l’équipe déployée ce jour là, en particulier celles des mercenaires partis plus tôt. Ils purent également retracer leur course via les différentes caméras en place : après avoir passé la porte de service de la résidence, les trois golgoths empruntèrent diverses coursives jusqu’à arriver sur le quai d’une rame de métro situé au dessus du district D. Au bout du quai, ils empruntèrent une porte de service qu’ils déverrouillèrent à l’aide d’un digicode, et c’est là que nous perdîmes leur trace. Cette issue semblait mener à un dédale d’escaliers qui permettrait en théorie de rejoindre la zone condamnée.

En effet, le district D avait été fermé après l’explosion d’une de ses usines quelques années plus tôt. Autrefois un quartier florissant, il était désormais contaminé chimiquement et impropre à toute installation. Les travaux de rénovation coûtant trop cher, la décision avait été prise de le boucler entièrement. Les résidents évacués avait dû émigrer et le processus avait engorgé une bonne partie des quartiers les plus proches. Plus personne n’était censé y vivre mais nos soupçons se tournaient maintenant vers le mystère qui émanait de cette zone.

Les interrogations de BH le poussèrent à parcourir différentes bases de données auxquelles nous avions encore accès – jusqu’à la fin de la journée – pour tenter de saisir toute information utile ayant un lien avec notre affaire.  Après moult recherches, il trouva un dossier étrange. Il n’y avait pas accès, mais il pouvait toujours lire sa désignation. Dans l’intitulé, il découvrit que le Typhon avait été affrété par Legion Mars International et qu’il venait du système Raftel. Impossible d’en apprendre plus sans les autorisations nécessaires.

De quelle station était parti ce vaisseau ? Pourquoi la Legion Mars International se faisait aussi discrète sur la disparition de tout cet équipage ? Est-ce qu’il y avait un rapport avec le silence radio qui règne autour de ma famille depuis des années?

Et pourquoi toutes les personnes qui touchaient de près ou de loin aux données de Léo se volatilisaient dès qu’on s’en approchait ? Nous paraissions, malgré nos contusions, être les exceptions à la règle ; nous, au moins, étions encore en vie.

La Legion Mars International trempait dans quelques chose de particulièrement louche. Si nous pouvions avoir accès à leurs bases de données, j’étais sûr que nous trouverions les pièces manquantes du puzzle.

L’existence de cette «Sophie Girafe» me retournait les méninges : amie ou ennemie ? Se pouvait-il qu’elle puisse nous aider à y voir plus clair dans toute cette affaire ? Il faudrait se pencher sur la question en temps voulu.

J’avais le pressentiment que tout était lié. Hélas, il était pour nous temps de rendre nos insignes et notre matériel. Après tous ces rebondissements, il était maintenant temps pour nous de panser nos blessures.

Nous ferons la lumière sur toutes ces zones d’ombre en temps voulu, j’en ai la certitude.

– Rédigé par l’agent Belkacem Yoshi Tsune

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